2017

Ejokonoï

Aidons le Turkana

Voici les différentes newsletter de fin 2016 à fin 2017:

Très bons amis!

 

Dans quelques jours, le mois de décembre prend fin et nous entrons dans la nouvelle année. Mais ici, au Turkana, la chaleur est celle de l’été, et la sécheresse est terrible.

Le manque d’eau se fait ressentir partout. Il est de plus en plus fréquent de voir sur les routes de la clinique mobile du bétail mort à cause du manque d’eau. La déshydratation liée à la chaleur est aggravée par les diarrhées à cause du manque d’hygiène.

 

Nous avons assisté à la façon dont les Turkana doivent parcourir plusieurs kilomètres (parfois plus de dix) pour aller chercher de l’eau, parfois pour trouver un puits à sec, et comment ils parcourent ensuite ces kilomètres avec plus de 20 litres d’eau. En réponse à cette tragédie, le gouvernement fournit des réservoirs d’eau dans certains villages, de nouveau puits ont été creusés, ce qui a permis de tenir plusieurs mois, la pluie n’étant tombée qu’une journée durant la « saison des pluies » supposée (novembre).

 

Cette sécheresse a pour conséquence d’accentuer les mouvements migratoires des populations : Loitakabila a disparu de la carte, car ses habitants (et bien d’autres) se sont déplacés vers des lieux où l’eau est plus accessible : Maisa, Liwan, Kamarikur et Kang’Ibeyo. Nous nous sommes particulièrement concentrés sur ces 2 derniers lieux car nous avons découvert des communautés très concentrées avec un approvisionnement en eau limité. Par conséquent, ce mois-ci, nous avons mené des clinique mobiles à Nalemsekon, Kangkala, Lomanakeju, Sasame, Liwan, Ekopé, Kamarikur, Maisa, Loitakabila, Kang'Ibeyo et Nabulukok.

 

Nous passons dans les villages toutes les 2 semaines. Nous distribuons un soutien nutritionnel aux enfants malnutris, aux femmes enceintes et allaitantes. Nous avons assisté 2 accouchements ce mois-ci.

Nous avons appris 2 bonnes nouvelles : nous avons mis sous traitement prophylactique à leur naissance 2 enfants, leurs mères étant porteuse du VIH. Les tests sanguins ont confirmé l’absence de contamination des enfants ! Nous continuerons à insister sur l’importance de la prévention pré et post-contact avec ce virus tant répandu dans le monde.

 

Nous avons aussi reçu des tests diagnostic pour le Kala-azar (maladie parasitaire tropicale, aussi appelée leishmaniose vicérale, qui peut être responsable d’une atteinte mutli-viscérale grave, et qui peut être associée notamment avec le VIH), rare mais présent dans notre zone. Nous sommes heureux de constater que le « laboratoire » de la clinique mobile augmente ses possibilités chaque année.

 

Nous avons du transférer à Lodwar 3 cas intéressants : une homme qui souffrait de lithiases rénales et vésicales, une femme atteinte d’une hépatite B et de kystes hydatiques, et une autre femme qui avait depuis quatre ans une énorme kyste bénin de la main l’empêchant de s’en servir. Ces patients ont pu profiter du programme « chirurgie au Turkana », qui a vocation à revenir chaque année à Lodwar.

Nous avons aussi amené à Lodwar un patient de Lokitaung, chez qui nous soupçonnions une tuberculose extrapulmonaire, mais il s’agissait en fait d’une pathologie plus grave et plus difficile à traiter. Ce patient s’appelle Esekom, il a 4 ans, il est toujours joyeux. Il est orphelin suite au décès de ses parents lors d’un conflit récent enter Turkana et Meryls (tribu de). Il lui a été diagnostiqué un lymphome de Hodgkin. Pour ne pas aider les choses, le système de santé kenyan est actuellement extrêmement affecté par une grève générale, rendant les transferts dans les hôpitaux difficiles. Nous allons tout faire pour le transférer dans un hôpital où il pourra être bien pris en charge.

 

Comme les années précédentes, la clinique mobile se développe. Les chiffres de 2016 sont très positifs.

  • Nous avons fait 32 réunions sur l’éducation à l’hygiène et sur les maladies fréquentes au Turkana. Les thèmes abordés étaient : la brucellose, la tuberculose, le VIH, l’hydatidose, l’hygiène (notamment les risques liés à l’eau souillée), le trachome, le palud, les premiers soins.
  • Pour la prévention du palud, nous avons distribué 100 moustiquaires.
  • Nous avons fait plus des tests de dépistage du VIH chez plus de 400 personnes. 7 tests sont revenus positifs, et nous avons commencé un traitement antirétroviral.
  • Nous avons donné des traitements antiparasitaire à plus de 850 enfants, et complété les vaccinations de 270 enfants.
  • Nous avons fait 454 visites de suivi de grossesse (233 lors des cliniques mobiles et 221 dans au dispensaire).
  • Nous avons assisté 13 accouchements.
  • Au dispensaire, nous avons vu 2612 enfants de moins de 5 ans et 1603 de plus de 5 ans. Lors des cliniques mobiles, nous avons vu 650 enfants de moins de 5 ans et 985 de plus de 5 ans.

A total, nous avons apporté des soins à plus de 6800 personnes !

 

 

Nous espérons que 2017 sera pleine de bons moments, que nous pourrons apporter des soins à ceux qui en auront besoin, que nous pourrons continuer à transmettre de bonnes habitudes de santé, que nous pourrons accompagner les malades dans les bons et les mauvais moments, comme nous l’avons faits cette année. Merci à vous tous d’avoir contribué à ce projet, sans vous cela ne serait pas possible.

 

Nous vous souhaitons à tous une bonne fin d ‘année !

 

 

Mimi, Andrew et Martin.

 

 

 

Décembre 2016:

Janvier 2017:

Nous avons commencé l’année par une cession de dépistage et de prévention sur l’hypertension auprès des travailleurs de la mission. Sur 50 personnes, nous avons trouvé des chiffres de tension alarmants chez 6 personnes. Nous avons été étonnés de voir ces chiffres tensionnels se normaliser une semaine plus tard, lors de la réunion de contrôle. Est-ce du à une améliroation de leurs habitudes de vie ? Ou une simple coincidence ?

Nous avons aussi commencé l’année par l’accueil dans notre équipe de Paula, infirmière venant de Madrid avec beaucoup de motivation.

 

La sécheresse dans le nord du Turkana s’aggrave. Les paysages que nous traversons avec la clinique mobile sont de plus en plus sinistres. De plus en plus d’animaux meurent de la famine et de la déshydratation, les vents poussiéreux portent avec eux les odeurs putrides des cadavres, souvent morcelés par les charognards. Dans certains villages ou nous passons, comme à Ekopé par exemple, il a été difficile de trouver un endroit à l’abris de cette odeur. Nous vivons une intense activité nomade. Deux villages que nous visitons habituellement ont disparu, Nalemsekom et Kamarikori. Lorsque nous sommes arrivés sur place, nous avons constaté que les centaines d’habitants et les animaux avaient disparu, pour des villages plus proches des points d’eau, comme Meyan, Maisa et Liwan, où nous avons constaté une nette augmentation des consultations. Rien qu’à Liwan, nous avons vu 38 adultes, 20 enfants et 12 femmes enceintes, en plus des vaccinations, de la distribution de traitement antiparasitaires, et de la supplémentation en vitamine A.

 

Le désespoir de certaines personnes les a amené à essayer de récupérer de l’eau du réservoir de notre dispensaire. Nous avons du le déplacer pour le protéger pour qu’il ne soit pas détruit jusqu’au retour des pluies.

Nous avons intensifié les séances d’éducation à la santé, en parlant de la prévention contre la transmission de maladies comme la tuberculose, la brucellose, les diarrhées infectieuses, par exemple en apprenant aux enfants à ne pas lécher les pierres, les bâtons, les excréments d’animaux, ou tout autre élément à portée de main. La taille de notre véhicule nous permet d’emmener dans chaque village que nous visitons un réservoir de 200 litres d’eau potable.

 

Ces états de déshydratations fragilisent les organismes et aggravent les infections. Nous avons par exemple pris en charge Mana, une petite fille de 8 ans, dans un état critique en raison d’un impétigo bulleux étendu sur l’ensemble du corps. Elle résistait aussi depuis plusieurs jours à toutes les mouches qui ne quittaient ses blessures que le soir, pour laisser la place aux moustiques… Malgré tout Mana a peu à peu repris des forces, et sa mère, qui ne l’a pas quitté une minute, a même commencé à collaborer avec nous dans ses soins, en préparant la nourriture et en lavant tous les jours les nombreuses blessures de Mana.

 

Nous avons aussi eu le cas le plus curieux du mois, voir de l’année. Ekale, un berger de 22 ans, qui allait bien jusque là, a présenté un épisode psychotique inaugural. Il s’est présenté à la mission nu, effrayé. Contrairement à ce qu’on attendait, les travailleurs de la mission l’ont très bien accueilli. Beaucoup venaient le saluer, passer du temps avec lui, étonnés par son attitude inhabituelle : il riait beaucoup et avait de nombreuses insultes envers chaque visiteur. Au fil des jours, son comportement a parfois posé problème. Il lui est arrivé de parcourir la mission en chantant à 4 heures du matin, de prendre tous ce qu’il trouvait dans la mission qu’il pensait lui être utile, comme un chandelier de l’église ou les sous-vêtements des bénévoles. Un soir, il a même tué lui seul une chèvre qui broutait paisiblement sur les pentes de la mission.

 

Nous l’avons orienté à l’hôpital pour qu’il puisse avoir les examens nécessaires afin d’éliminer une cause organique à cette psychose (une tumeurs, une pathologie du foie…). Nous espérons qu’il pourra recevoir les soins nécessaires, malgré la grève qui a lieu actuellement au sein du personnel médical dans l’ensemble du pays.

En ce moment a lieu la campagne de chirurgie au Turkana : notre équipe de chirurgiens espagnols est ici afin de réaliser autant d’opération que possible. C’est une chance pour la population qui vit dans cette région isolée, qui en plus de la sécheresse manque de services sanitaires minimaux. Nous avons eu le cas tragique d’Akuta, chez qui nous avons diagnostiqué des kystes hydatiques hépatiques (tumeurs du foie d’origine parasitaire), avec le vieil échographe que nous avons à la mission. Nous l’avons envoyé directement à l’hôpital de Lodwar, mais à cause de la grève, il n’a pas pu être opéré et est décédé.

Notre échographe nous a aussi permis de faire un diagnostic pour une patiente qui présentait une ascite (présence de liquide dans l’abdomen). Les images ont été étudiés par des radiologues à Madrid via internet, et ils ont diagnostiqué une tuberculose. Nous verrons si le traitement lui permet de se remettre comme il l’a permis pour Ekalale et sa sœur, qui finissent les 6 mois de traitement, et ont un très bon pronostic.

 

Nous n’avons pas pris en charge beaucoup d’urgences ce mois-ci : une femme à qui avait une palie de lèvre que nous avons du recoudre ; une autre qui avez un abcès du visage. Nous avons accouché Nauko, qui travaille dans la mission. L’accouchement s’est bien passé.

 

Voilà pour aujourd’hui,

 

Mimi, Andrew, Paula et Martin

Juin/juillet 2017:

Bonjour,

 

Le mois de juin débute avec une bonne nouvelle : Esekon, après avoir reçu 6 mois de chimiothérapie pour un lymphome, est rentré, plein d’énergie et son sourire caractéristique ! Pour le moment, il doit rester avec Joséphine, notre traductrice, qui l’a accompagné jusque là, et qui continuera à l’emmener au consultations de contrôle à l’hôpital.

 

Une autre bonne nouvelle : la clinique mobile accueille dans son équipe John et Elvira, diplômés en soins infirmiers. Ils on hâte de se mettre au travail et de se consacrer à la population du Turkana. Nous accueillons aussi cet été Ana, infirmière nutritionniste, qui va passer un an avec nous, et qui a pour projet de mettre en place un programme de nutrition et d’éducation à l’hygiène auprès de la population. Devant l’augmentation du nombre de volontaires, nous avons aussi recruté une autre traductrice, Florence.

 

Malheureusement, nous avons aussi de mauvaises nouvelles. Nous avons eu des cas difficiles ces derniers mois.

Tout d’abord, nous avons été appelé pour un bébé retrouvé abandonné dans une rivière. Quand nous sommes arrivés, nous avons trouvé un être minuscule que nous connaissions déjà. Nous avions diagnostiqué à sa naissance une spina bifida, une malformation qui nécessitait une intervention chirurgicale en urgence. Nous l’avions donc transféré à l’hôpital de Lodwar, mais il semble que les soins qu’il a reçu n’aient pas été adaptés. La maman, ayant pris conscience serait handicapé à vie (entre autre paraplégique), l’a abandonné. Nous l’avons ramené à la mission, lui avons donné toute la chaleur humaine que nous pouvions. Son état de santé était très précaire, il souffrait de malnutrition, de plaies multiples, et d’une infection respiratoire importante. Après avoir combattu 24 heures, ce petit garçon que nous avions baptisé Juanito, d’à peine un mois de vie, est décédé.

 

Nous avons aussi eu le cas d’Akai, une femme très proche de la mission. Elle ne s’est pas remise du décès accidentel de son fils cadet, et s’est abandonnée jusqu’à mourir.

 

Nous avons heureusement eu des cas qui se sont bien terminé. Apacha, un enfant de 2 ans, atteint d’une trisomie 21, a présenté une pneumonie sévère. Il a guéri suite au traitement que nous lui avons donné pendant plusieurs jours à la mission. Nous avons aussi fait 2 accouchements qui se sont bien passé.

 

Nous vous donnons aussi des nouvelles de Mimi, le bébé né prématurément, qui grandit et a passé la phase critique.

 

Encore une fois, merci pour votre soutien inconditionnel.

 

 

L'équipe de la clinique mobile.

 

Août/septembre 2017:

Chers tous,

 

 

Une fois de plus, nous venons avec beaucoup de nouvelles de ces mois d'août et de septembre.

 

Après avoir réuni plusieurs samedis de suite les sages-femmes traditionnelles de napeikar, nous avons terminé les cours d'éducation sur le processus de grossesse et d'accouchement. Ellls ont beaucoup d'expérience, et d'un autre côté, elles sont très motivées pour apprendre. Nous avons décidé continuer ces réunion, pour poursuivre les discussions éducatives en traitant des questions de santé qu'elles souhaitent aborder.

 

Bien que les pluies n’aient pas été très abondantes ces dernières semaines, nous avons eu quelques précipitations qui ont amené avec elle le paludisme, qui s’est abattu sur la région.

Nous avons pris en charge la petite Apim, qui souffrait de neuropaludisme, que l’on a pu heureusement prendre en charge assez tôt. Nous l’avons traitée pendant 3 jours, aujourd’hui elle va mieux. Nous insistons beaucoup sur l’éducation pour l’utilisation des moustiquaires, et sur l’intérêt de traiter rapidement les cas confirmés de paludisme.

 

Avec Pepa et Ana, nos avons aussi ciblé notre prise en charge sur des problèmes nutritionnels. Nous avons pris en charge Eoron, une petite fille de deux ans, qui souffrait de malnutrition sévère, et qui était séropositive. Sa mère nous l’a amenée pour que nous nous occupions d’elle, mais comme elle n’arrivait pas à prendre les laits thérapeutiques, nous l’avons transférée dans un centre spécialisé. Malheureusement, au bout d’une semaine, nous avons appris qu’elle était décédée dans les suites d’une pneumonie.

 

Nous faisons de plus en plus de conférences d’éducation sanitaire. Nous avons fait des séances dans les villages proches de la mission, et dans ceux que nous traversons avec la clinique mobile. Nous faisons de la prévention sur les maladies fréquentes (paludisme, brucellose…), et sur les habitudes en matière d’hygiène et de nutrition. Les villageois sont nombreux à ces réunions, et reconnaissants de nos conseils, car la plupart n’ont jamais reçu aucune éducation sanitaire.

 

Nous avons assisté la naissance de 3 enfants : Spain, Sunday et Naps. Ce dernier a reçu le nom du conducteur de la clinique mobile car il est né dans la voiture ! Malgré les difficultés que ela a impliqué, il est né sans complication. Les bébés et les mamans se portent très bien.

 

Nous avons également eu la visite de Leila et Iona, deux médecins des Canaries qui sont restées pendant un mois, pour connaître la clinique mobile. Elles nous ont beaucoup appris et ont beaucoup apprécié le travail que nous réalisons.

 

Le gouvernement local a employé un infirmier au dispensaire de Napeikar : David, arrivé mi septembre, est très motivé pour travailler ici et pour s’intégrer à l’équipe de la clinique mobile.

 

La salle d’urgences est toujours en construction à Lobur. Nous avons besoin de votre aide financière pour financer les panneaux solaires et les différents équipements. Pour l’instant le budget manque encore.

 

Alors que Mimi nous a quitté ce mois, nous allons retrouver Emiliano, Teresa et le petit Joseph. Ils sont très attendus ici, notamment par la population.

 

Encore merci à tous pour votre aide, sans laquelle rien ne serait possible.

 

 

 

Ejokonoï est une association à but non lucratif, régie par la loi du 1er juillet 1901. Parution au JO du 15 juin 2013.

Association Ejokonoï